01/02/2026 par L'équipe de la résidence 0 Commentaires
Intrigue n°8 : Les eaux visibles et invisibles
Le canal du Centre est une figure paysagère solide du territoire, une infrastructure intrinsèquement liée à l’histoire urbaine et productive de La Louvière. Creusé dès 1884, son ouverture en 1917 vient désenclaver une région riche en charbon mais peu fournie en voie d’eau navigable naturelle. La déclivité importante implique la construction des emblématiques ascenseurs à bateau, qui permettent de franchir une dénivellation d’une quinzaine de mètres chacun.
Au-delà de cette infrastructure hydraulique remarquable, partout où l’on va à La Louvière, il y a des résurgences de l’eau, des systèmes hydrauliques oubliés, des eaux souterraines qui refont surface, qui mettent au jour l’histoire d’une relation moins visible à l’eau et non moins structurante dans la vie des territoires : eaux souterraines, zones inondables, eaux d’exhaure, rivières artificielles, sources et cascades de domaines boisés, ruisseaux pollués canalisés...
Les eaux visibles mais surtout invisibles ont constitué un fil discret mais bien présent qui assemble les lieux parcourus sur le territoire louviérois lors de notre arpentage. A commencer par le Thiriau du Luc, affluent de la Haine, qui prend sa source près du parc de l’hôpital de Jolimont, s’égare sous les usines Duferco / NLMK, traverse le parc du château Boël et longe le site minier du Bois-du-Luc avant de rejoindre le canal.
Suivre le fil de l’eau permet de lire autrement un lieu ; il resitue l’hôpital de Jolimont comme le point haut d’où surgissent les eaux du Thiriau, que les pentse d’un vallon conduisent ensuite vers le boulevard urbain. Le dénivelé n’y est plus vu uniquement comme une contrainte ou un facteur d’isolement, mais comme une géographie forte et fertile pour faire projet, dessinée par le trajet de l’eau.
«En surface, entre de puissantes solives de chêne, le gigantesque balancier de la machine d’exhaure, aujourd’hui disparue, actionnait une maîtresse tige entraînant les pompes étgées dans le puits. Elle assure l’exhaure de plusieurs fosses de Bois-du-Luc jusqu’en 1914, moment où ce système fut remp)lacé par deux pompes à -420m, et recueillant l’eau du bougnou (puisard). Jusqu’à la fermeture de Saint-Emmanuel, en 1959, une partie de l’eau pompée était envoyée dans un bac installé en toiture et servant de château d’eau pour les bains-douches du personnel.»
Planches explicatives, écomusée Bois-du-Luc
«La commune de Saint-Vaast est surnommée «cité des péchons» peut-être une allusion aux nombreuses inondations de la Haine que connaît le village aux 19ème et 20ème siècles (ici en 1927). Avec les travaux miniers, le terrain s’est affaissé; s’y ajoutent les rejets boueux provenant des charbonnages et des usines en amont. Lors des fortes pluies, la rivière, dont le cours se trouve ralenti, entre en crue et provoque des inondations souvent catastrophiques.»
La Louv’hier et aujourd’hui, Jean- Pierre Pollaert
« De Vegni lève la tête, il regarde le monstre hérissé de stalactites qui se dresse devant lui. Il pense à son plan fou, qu’il espère exécuter bientôt : placer une conduite au sommet du plus haut des monticules, pour détourner une partie des sources vers sa maison en pierre, aux confins du village. Il laissera ruisseler leurs eaux sur la façade pendant un an, et couche après couche, elle se couvrira de tapis de bactéries et d’algues, de coulures vertes et fauve, qui feront précipiter de la roche calcaire. Il créera une concrétion trouée de fenêtres et de portes, ou un autre monstre hérissé de stalactites, mais un monstre architectural.»
In Une Montagne bouillonante, biogéochimique, Galaad Van Daele
Face aux défis que représentation d’intensification des conditions climatiques, notamment en milieu urbain, à la survenue de phénomènes météorologiques de plus en plus imprévisibles et à la raréfaction des ressources, nous pensons qu’il est urgent de prendre soin de ces eaux discrètes et peu visibles, de les réintroduire dans le cycle de transformation de la ville comme un acteur à part entière, une composante du projet de paysage à même de lier entre eux des lieux a priori éloignés, d’augmenter la fraîcheur urbaine, la qualité de vie et la biodiversité.
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